19ĂšmesiĂšcle, Charles Baudelaire, PoĂšmes Ă Victor Hugo. I. Dans les plis sinueux des vieilles capitales, OĂč tout, mĂȘme l'horreur, tourne aux enchantements, Je guette, obĂ©issant Ă mes humeurs fatales Des ĂȘtres singuliers, dĂ©crĂ©pits et charmants. Ces monstres disloquĂ©s furent jadis des femmes, Ăponine ou LaĂŻs ! Monstres brisĂ©s, bossus
CetintĂ©rĂȘt pour la beautĂ© de la vie moderne et urbaine, dĂ©jĂ sensible dans les « Tableaux parisiens », qui explorent les « plis sinueux des vieilles capitales », prend dans le recueil une place centrale. Une poĂ©tique de la ville Cette poĂ©tique constitue une rĂ©ponse au sentiment de perte qui suit la transformation de Paris sous l
Roman/ classe de 3°/ autobiographie "Dans les plis sinueux des vieilles capitales, OĂč tout, mĂȘme l'horreur, tourne aux enchantements, Je guette, obĂ©issant Ă mes humeurs fatales, Des ĂȘtres singuliers, dĂ©crĂ©pits et charmants." Dans un Paris oĂč dĂ©ambule le poĂšte, le spleen et la souffrance nourrissent l'expĂ©rience du Beau. Un parcours
Unmonstre », « deux millions de signes, cinq ans dâĂ©criture, six de gestation, 1 776 pages entre les mains du lecteur : Dans les plis sinueux des vieilles capitales est plus quâun pavĂ©
Dansles plis sinueux des vieilles capitales : Taussig, Sylvie: Amazon.ca: Livres. Aller au contenu principal.ca. Bonjour Entrez votre adresse Livres Bonjour, S'identifier. Comptes et Listes Retours et Commandes. Panier Toutes. Meilleures ventes Prime DerniĂšres
Lune, par sa patrie au malheur exercĂ©e, L'autre, que son Ă©poux surchargea de douleurs, L'autre, par son enfant Madone transpercĂ©e, Toutes auraient pu faire un fleuve avec leurs pleurs ! III. Ah ! que j'en ai suivi de ces petites vieilles ! Une, entre autres, Ă l'heure oĂč le soleil tombant.
16 Dans les plis sinueux des vieilles capitales, OĂč tout, mĂȘme lâhorreur, tourne aux enchantements (XCI â « Tableaux parisiens » â « Les Petites vieilles ») Âź Le bas Paris transfigurĂ©. 17. En toi je tomberai, vĂ©gĂ©tale ambroisie, Grain prĂ©cieux jetĂ© par lâĂ©ternel Semeur, Pour que de notre amour naisse la poĂ©sie
z85V5. EAN 139782351761717 TitreDANS LES PLIS SINUEUX DES VIEILLES CAPITALES AuteurTAUSSIG SYLVIE EditeurGALAADE EDITION CollectionLITT FRANCAISE PrésentationBroché Epaisseur48 mm Largeur136 mm Hauteur186 mm kg
RĂ©sumĂ© Index Texte Notes Citation Auteur RĂ©sumĂ©s La foi profonde de Renoir, Monet, Pissarro et Sisley dans le progrĂšs, leur vision positiviste, leur permettent de donner une image parfaitement optimiste de lâespace urbain parisien. Ces pionniers de la modernitĂ© », les premiers Ă reprĂ©senter sereinement des scĂšnes de la vie contemporaine, sont probablement aussi les derniers Ă croire en une Ă©volution sans lâinstar de Degas ou Manet, Caillebotte est, lâhistoire nous lâa prouvĂ©, plus lucide. Le Paris quâil figure nâest pas un espace saturĂ© de communications ou de foules qui flĂąnent sur les boulevards mais un vide oĂč Ă©voluent des inconnus, Ă©trangers les uns aux autres. La collision et lâhĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des espaces urbains, lâimpossibilitĂ© dâen donner une image unifiĂ©e, le sentiment de vertige contredisent lâapparente rĂ©gularitĂ© de lâordre urbain. LâĆuvre de Caillebotte nous permet ainsi de percevoir les signes encore discrets de lâinhumanitĂ© des mĂ©tropoles modernes. Le caractĂšre mĂ©lancolique de ses toiles indique que la modernitĂ© de la ville haussmannienne est dĂ©jĂ perçue avec un regard nostalgique. The deep faith of Renoir, Monet, Pissarro and Sisley in progress, their positivist view, enable them to give a very optimistic view of the Parisian urban space. These pioneers of modernity », the first to represent the scenes of contemporary life, are probably the last to believe in a smooth Degas and Manet, Caillebotte, history has proven, is more lucid. In his paintings, the capital of France is not a space saturated with communication or loitering crowds on the boulevards but a vacuum where walkers are strangers to each other. Collision and heterogeneity of urban areas, the inability to give a unified image, the feeling of dizziness, contradict the apparent regularity of the urban order. Cailleboteâs work allows us to see the signs yet discrete of inhumanity of modern cities. The melancholy of his paintings indicates that the modernity of the city transformed by Haussmann is already seen with a nostalgic de page EntrĂ©es dâindex Haut de page Texte intĂ©gral Ă Hedva et Zeâev Carmeli. 1Câest un fait connu le terrain privilĂ©giĂ© oĂč les impressionnistes posent leur palette se situe au bord dâun fleuve, face au paysage souriant. Souvent, mĂȘme quand ils traitent lâespace urbain, ce sont les espaces verts quâils affectionnent. Mais pas de nâimporte quelle ville. Certes, Pissarro exĂ©cute une suite impressionnante de vues du Havre et de Rouen. Rouen, oĂč Monet peint Ă©galement sa fameuse sĂ©rie de cathĂ©drales. Cependant, ces escapades restent limitĂ©es par comparaison avec leur fascination pour la capitale qui se modifie sous leurs yeux. De fait, les annĂ©es 1870 sont un moment historique, oĂč lâorganisation de Paris trouve son prolongement dans ce mouvement pictural. Au cours de cette pĂ©riode de consolidation de la sociĂ©tĂ© bourgeoise dans la ville moderne, qui se cristallise autour du mythe de Paris, capitale de lâEurope, deux Ă©vĂ©nements font date 1872 voit la fin de la restructuration de Paris, opĂ©ration dâune ampleur considĂ©rable entreprise par Haussmann, prĂ©fet de police de NapolĂ©on III ; deux ans plus tard, la premiĂšre exposition impressionniste ouvre ses portes. Simple coĂŻncidence ? Risquons une hypothĂšse et si les impressionnistes, qui se sont surtout illustrĂ©s dans le genre du paysage, avaient aussi Ă©tĂ© les premiers peintres officiels de la ville haussmannienne ? 1 Pissarro Ă©crit en 1897 Ă son fils, Lucien Ce nâest peut-ĂȘtre trĂšs esthĂ©tique, mais je suis ench ... 2 Nos artistes doivent trouver la poĂ©sie des gares, comme leurs pĂšres ont trouvĂ© celle des forĂȘts e ... 3 On ne verra jamais chez eux les plis sinueux des vieilles capitales », C. Baudelaire, Les petit ... 2Quelles furent les motivations dâHaussmann ? Renforcer les nouveaux axes du dĂ©veloppement Ă©conomique, lâordre public et la rentabilitĂ© fonciĂšre en crĂ©ant de grandes artĂšres, en accĂ©lĂ©rant la construction des gares, en valorisant, enfin, les beaux quartiers ». Les peintres semblent partager cette conception de la modernitĂ©1. Caillebotte peint le pont de lâEurope, Monet multiplie les vues de la gare Saint-Lazare, hommage Ă la richesse du rĂ©seau de communications de la capitale2. Les visions plongeantes de Pissarro mettent en valeur la majestueuse perspective du boulevard Montmartre et du boulevard de lâOpĂ©ra tout en exaltant la flĂąnerie. Les tons sombres en sont dĂ©libĂ©rĂ©ment exclus, la palette Ă©claircie est comme la cĂ©lĂ©bration dâune architecture qui a horreur du plein et du tortueux3. Câest lĂ une nouvelle image de Paris, une image pittoresque, qui sera reprise ensuite par le cinĂ©ma, surtout amĂ©ricain. 3La luminositĂ© de ces tableaux qui figurent les vastes espaces dĂ©gagĂ©s Les Grand Boulevards mais aussi la Place du Carrousel, le pont des Arts, Saint-Germain lâAuxerrois⊠vise-t-elle Ă nous aveugler sur les cicatrices, les considĂ©rables rĂ©sidus de la misĂšre dâune ville qui refait sa toilette ? Toutes les traces du plus imposant chantier du xixe siĂšcle sont ici volontairement effacĂ©es, de mĂȘme que les traces des incendies de la Commune durant la semaine sanglante de mai 1871. La croissance urbaine, consĂ©quence de lâindustrialisation et de lâexode rural, semble se rĂ©soudre sans peine dans des modĂšles abstraits oĂč lâancien centre ville est encerclĂ© par les nouveaux quartiers, dans un mouvement sĂ©riel infini qui absorbe les nouveaux arrivants. 4 Kirk Varnedoe, Gustave Caillebotte, Paris, Adam Biro, 1988, p. 88. 4La peinture de Caillebotte ne montre pas dâautres quartiers de la capitale que ses confrĂšres. Comme les autres impressionnistes, il situe ses tableaux dans le cadre de la nouvelle architecture haussmannienne. Dâautant plus, que ce choix semble parfaitement naturel il est chez lui. Caillebotte, qui vient dâune famille fortunĂ©e, habite dans cet arrondissement pratiquement dĂšs sa naissance. En quelque sorte, il est le sismographe de lâĂ©volution de lâurbanisme parisien. Ses scĂšnes se situent dans cet ensemble incomparablement homogĂšne et sans mĂ©lange de la nouvelle apparence que les boulevards haussmanniens avaient imposĂ©s un peu partout Ă Paris⊠La ville moderne avait des dimensions impressionnantes, une Ă©lĂ©gance sĂ©curisante et une propretĂ© impeccable. Caillebotte restitue tous ces composants de la modernitĂ© et les souligne jusque dans ses personnages qui sont tous habillĂ©s Ă la derniĂšre mode », et, ajoute Kirk Varnedoe, [i]l nous communique aussi une autre sensation, dans un registre tout diffĂ©rent et moins positif »4. Câest que Caillebotte aboutit Ă partir de thĂšmes et de techniques relativement similaires Ă celles dâautres impressionnistes Ă des visions bien diffĂ©rentes de la ville. 5De fait, quelle Ă©trange modernitĂ© que celle de Caillebotte ! Certes, son regard est irrĂ©sistiblement attirĂ© par le spectacle des rues de Paris, les scĂšnes de la vie contemporaine. Comme les impressionnistes, il prĂ©sente au spectateur les rĂ©alisations urbaines les plus audacieuses les structures mĂ©talliques du pont de lâEurope, les larges boulevards rĂ©cemment tracĂ©s par le baron Haussmann, qui sont un motif rĂ©current chez le peintre dans les annĂ©es 1876-1882. Le Paris de Caillebotte serait-il celui de la mĂȘme capitale de lâEurope que cĂ©lĂšbrent tous les impressionnistes ? Les dates importantes de la biographie de Caillebotte recoupent en effet celles des travaux de rĂ©novation de la capitale. Ă lâĂąge de dix-huit ans, le peintre sâinstalle avec sa famille dans une maison Ă©lĂ©gante, un hĂŽtel particulier de trois Ă©tages quâa fait construire son pĂšre, Ă lâangle de la rue Miromesnil et de la rue de Lisbonne. On est tout prĂšs de la place de lâEurope, le dernier quartier construit Ă la mode, un quartier rĂ©sidentiel soigneusement planifiĂ©, destinĂ© Ă la grande bourgeoisie. Plus tard, la famille dĂ©mĂ©nage au 77, rue de Miromesnil, Ă deux pas de la gare Saint-Lazare. Caillebotte se trouve ainsi au cĆur de cette partie de Paris quâil reprĂ©sentera si souvent. Lâartiste dĂ©mĂ©nage ensuite dans un appartement situĂ©, de façon on ne peut plus symbolique, sur le boulevard Haussmann. Câest de ce poste de commande » situĂ© au sixiĂšme Ă©tage que le peintre effectue de nombreuses vues plongeantes sur les rues de Paris. Caillebotte partage ainsi avec les autres artistes lâidĂ©e selon laquelle le milieu urbain serait le plus propice Ă lâobservation des nouvelles formes plastiques et oĂč les larges et longues avenues permettent de changer perspectives et points de vue. On pourra mĂȘme dire que chez lui lâarchitecture, transcrite avec prĂ©cision, occupe une place encore plus importante que chez les autres impressionnistes. 5 PrĂ©sentĂ© Ă lâexposition impressionniste de 1877, le tableau reçoit un accueil plutĂŽt favorable ... 6 Bertail, Le Soir, 1876. 6Caillebotte fut probablement tĂ©moin de la derniĂšre phase de la construction du pont de lâEurope, qui fut inaugurĂ© en 1868. Cette vaste construction de fer qui enjambe les rails de la gare St-Lazare a immĂ©diatement fascinĂ© le public. DĂšs 1867, le Guide de Paris mentionne cette curieuse structure mĂ©tallique qui Ă©tonne par sa forme bizarre et par son immensitĂ© ». Le sujet est rĂ©solument moderne, Ă la fois par son architecture en fonte et par sa situation, prĂšs dâune gare. Ces cathĂ©drales de lâhumanitĂ© nouvelle oĂč se dĂ©ploie la religion du siĂšcle, Ă©crit ThĂ©ophile Gautier, sont le point de rencontre des nations, le centre oĂč tout converge ». Selon une lĂ©gende familiale, la fascination de Caillebotte pour le pont de lâEurope fut telle quâil se fit construire un omnibus de verre afin de pouvoir lâobserver et le peindre par tous les temps5. Contrairement aux vues de la gare Saint-Lazare peintes Ă la mĂȘme pĂ©riode par Monet Caillebotte en achĂštera trois versions, oĂč lâĂ©cran de fumĂ©e obstrue la vision, lâimage du pont est trĂšs nette. En effet, le peintre ne cherche pas Ă dĂ©composer le sujet mais au contraire Ă lâinscrire dans une gĂ©omĂ©trie inflexible. Le regard est contraint de suivre les principales lignes de composition une sĂ©rie de diagonales qui, dans un effet de pĂ©nĂ©tration accĂ©lĂ©rĂ©e, convergent vers un point de fuite situĂ© de façon inhabituelle au centre de la toile. M. Caillebotte, Ă©crit ainsi un critique contemporain, si remarquable par son mĂ©pris de la perspective, saurait trĂšs bien, sâil voulait, faire la perspective comme le premier venu. Mais son originalitĂ© y perdrait. Il ne fera pas cette faute6». Le pont de lâEurope 7La perspective est soulignĂ©e par les barres obliques, qui constituent un relais entre le grand angle du premier plan et le second plan. Cependant, le peintre joue subtilement sur lâorientation des regards pour contredire la rigiditĂ© de la perspective. Un couple de promeneurs sâavance vers le spectateur. AttirĂ© dans la mĂȘme direction que celui de lâhomme, notre regard est progressivement reconduit vers le premier plan, sur le personnage accoudĂ© Ă la balustrade. TournĂ© vers sa droite, il nous incite Ă son tour Ă fixer notre regard dans une direction perpendiculaire Ă lâaxe du tableau. Ă ce chassĂ©-croisĂ© oculaire sâajoute une composition toute en contraste. Contraste entre lâĂ©lĂ©gance du couple bourgeois et la mĂ©lancolie de lâouvrier ; entre la singularitĂ© des figures et la rĂ©pĂ©tition rythmique des croisillons de fer brut ; entre le bleu azur du ciel et le gris mĂ©tallique des poutrelles. Le pont de Caillebotte est fragmentĂ©, arbitrairement interrompu par le bord de la toile. Chaque personnage est orientĂ© dans une direction diffĂ©rente, les regards ne se croisent pas, les mouvements sont figĂ©s. Les individus paraissent artificiellement rĂ©unis par la perspective ; la coexistence sociale nâimplique pas dâĂ©changes. Temps de pluie, esquisse 7 E. Lepelletier, Le Radical, 1877 8 Kirk Varnedoe, op. cit. 8Toutefois, câest probablement avec Rue de Paris, temps de pluie 1877 que lâactivisme urbain, lâemblĂšme indiscutable de la modernitĂ© dans le dernier quart du siĂšcle, est Ă©trangement absent. Le fait est dâautant plus remarquable que ce tableau monumental aux dimensions exceptionnelles 212/276 reste une des Ćuvres les plus ambitieuses de Caillebotte, avec Le Pont de lâEurope. Nous sommes proches de lâhĂŽtel particulier occupĂ© par lâartiste et sa famille, dans le quartier nommĂ© La Nouvelle AthĂšnes. Cette place en Ă©toile oĂč se croisent la rue de Tourin, la rue de Moscou et la rue Clapeyron, est reprĂ©sentĂ©e avec une ampleur presque dĂ©mesurĂ©e du premier plan. Une lumiĂšre grise se reflĂšte dans les pavĂ©s mouillĂ©s. Un couple, grandeur nature, se dirige vers le spectateur, dâun mouvement si dĂ©terminĂ© que celui-ci a tendance Ă reculer. Des personnages isolĂ©s dĂ©ambulent comme des automates. Les parapluies qui protĂšgent les passants de la trĂšs lĂ©gĂšre pluie, fonctionnent surtout comme des abris contre tout contact visuel possible. Lâespace, dĂ©mesurĂ©ment large, tel que lâĆil ne pourrait le saisir que dans lâobjectif grand angle » dâun appareil photographique, crĂ©e une sensation de vacuitĂ© et de vide psychologique. Le regard erre sans pouvoir se fixer de façon dĂ©finitive. La critique contemporaine ne sâest pas trompĂ©e câest lâĆil du spectateur tiraillĂ© en tous sens par les choses de seconde importance... le talent de lâartiste et lâattention du spectateur sâĂ©parpillent Ă©galement dans cette diffusion7 ». Toutefois, lâĂ©trangetĂ© explicite de cette image sâexplique par la tension entre la chorĂ©graphie absurde du ballet des personnages et lâordonnancement gĂ©omĂ©trique, qui prĂ©figurent Seurat. Ce tableau se construit sur un signe dâaddition gĂ©ant, partagĂ© en deux dans le sens horizontal par la ligne qui traverse les tĂȘtes et suit la base des Ă©difices, et dans le sens vertical par le rĂ©verbĂšre et son reflet » Ă©crit justement Kirk Varnedoe8. 9La prĂ©cision du rendu est presque celle dâune composition abstraite. Lâimportance accordĂ©e, dans les dessins prĂ©paratoires, au cadre architectural, Ă la perspective, mĂ©ticuleusement exĂ©cutĂ©e avec une rĂšgle, aux esquisses de personnages et de dĂ©tails, exclut toute idĂ©e de hasard, de crĂ©ation spontanĂ©e » et sâĂ©loigne souvent de la sommaire facture impressionniste. 9 Ce sentiment dâaliĂ©nation est dâautant plus frappant quand il sâagit des scĂšnes dâintĂ©rieur. Les qu ... 10Le Paris de Caillebotte nâest pas un espace saturĂ© de communications mais un vide oĂč Ă©voluent des inconnus Ă©trangers les uns aux autres9. La ville du plus parisien des peintres impressionnistes rappelle ainsi davantage la CitĂ© IdĂ©ale de Piero della Francesca, espace austĂšre, quadrillĂ© et quasi dĂ©peuplĂ©, que celle de Renoir, Monet ou Pissarro, oĂč les jeux de lumiĂšre mettent au contraire lâaccent sur lâanimation de la foule. Ses images prennent lâallure dâun dĂ©cor théùtral, oĂč lâhomme devient le simple point de repĂšre dâune organisation spatiale mĂ©thodique. Le silence, le temps suspendu, lâimmobilisation des personnages, tout cela rappelle le moment prĂ©cĂ©dant une reprĂ©sentation. Mais chez Caillebotte, la reprĂ©sentation nâa pas lieu. 11De fait, le peintre ne vise pas simplement Ă reproduire fidĂšlement des impressions visuelles. LâarrĂȘt sur image quâil nous propose dĂ©tonne Ă lâĂ©poque de la spontanĂ©itĂ© impressionniste. Loin de chercher Ă capter le temps qui sâĂ©coule, lâinstantanĂ© atmosphĂ©rique, la sensation Ă©phĂ©mĂšre, la mobilitĂ© des ĂȘtres, Caillebotte met Ă nu lâartifice qui se situe Ă la base de toute reprĂ©sentation. LâĂ©trangetĂ© du spectacle de la rue chez le peintre, la raretĂ© des personnages, les effets de distanciation â le spectateur semble ĂȘtre sĂ©parĂ© de lâespace urbain par une vitre qui en Ă©touffe les rumeurs â suggĂšrent immĂ©diatement que le vrai enjeu du peintre se trouve ailleurs. Plus que le sujet, câest sa mise en scĂšne qui importe. Mise en scĂšne sophistiquĂ©e nĂ©cessaire pour obtenir les effets de rĂ©el. Les Ă©lĂ©ments de la composition deviennent des protagonistes Ă part entiĂšre, dans ces toiles qui nous frappent par leur structure souvent incongrue. La violence de la perspective, le refus dâunifier le champ pictural, le point de fuite dĂ©centrĂ©, la tension contradictoire entre le proche et le lointain, les points de vue dĂ©routants font toute la modernitĂ© du peintre. En derniĂšre instance, Caillebotte affirme la nĂ©cessaire prééminence du regard lui-mĂȘme sur le motif. 10 Caillebotte rĂ©serve les titres descriptifs mais sans prĂ©cision de lâangle de vue aux reprĂ©sentation ... 12Caillebotte sâinterroge non sur ce quâon regarde mais sur la façon dont on regarde, sur les conditions de la visibilitĂ©. Les titres que Caillebotte donne Ă ces toiles sont, Ă ce propos, tout Ă fait Ă©loquents. Les titres descriptifs, topographiques » Boulevard des Capucines, Boulevard Montmartre, Rue Montorgeuil ou Place Clichy, frĂ©quents chez les impressionnistes, deviennent Rue HalĂ©vy, vue dâun sixiĂšme Ă©tage, Boulevard vu dâen haut, Homme au balcon ou Au balcon tout court. Câest la position du spectateur, souvent inclus au premier plan, qui est dĂ©terminante. Le peintre reste avant tout fascinĂ© par le travail du regard dans lâorganisation de lâespace pictural, et dans lâintroduction de points de vue inhabituels10. Homme au balcon Rue HalĂ©vy, vue dâun sixiĂšme Ă©tage 13Certes, faire du regard le point Ă partir duquel sâorganise lâĆuvre nâest pas nouveau. Cependant, la perspective classique visait Ă assujettir lâespace pictural au point de vue dâun spectateur idĂ©al, de sorte que le tableau se donnait comme un prolongement naturel de lâespace rĂ©el. Cet effet est encore observable dans les tableaux impressionnistes, oĂč de longues perspectives centrĂ©es semblent sâoffrir sans solution de continuitĂ© au regard du spectateur. Ă leur encontre, Caillebotte cherche en permanence Ă remettre en question cette jouissance tranquille, en interdisant Ă notre regard un accĂšs passif au champ de la reprĂ©sentation. Montrer explicitement lâactivitĂ© visuelle dĂ©ployĂ©e par le peintre et le spectateur face au tableau introduit ainsi un trouble dans nos habitudes visuelles. 11 On ne sâĂ©tonnera pas de lâimportance que prend dans son Ćuvre la thĂ©matique du seuil et du bord ... 12 Jean Bernac, The Caillebotte Bequest to the Luxembourg », The Art Journal,1895, pp. 230-232, 308- ... 14La prĂ©sence du regard dans lâĆuvre de Caillebotte est systĂ©matique. Ses personnages, des passants, des flĂąneurs, des hommes debout au seuil dâune fenĂȘtre ou sur un balcon sont tous absorbĂ©s dans le spectacle du paysage urbain11. Certains semblent toutefois se consacrer Ă une autre activitĂ©, qui vient masquer leur prĂ©occupation essentielle. Avec Peintres en bĂątiment 1877 la mise en scĂšne est astucieuse. Le titre suggĂšre quâon aura la description rĂ©aliste dâune scĂšne devenue courante dans cette pĂ©riode de rĂ©novation de la capitale alors que Caillebotte nous montre en rĂ©alitĂ© deux personnages en train de contempler lâenseigne du magasin quâils sont censĂ©s peindre. Le premier, montĂ© sur une Ă©chelle, observe les lettres peintes Ă quelques centimĂštres Ă peine, tandis que le second sâest Ă©loignĂ© afin dâavoir une vision dâensemble. Dans un dessin prĂ©paratoire, lâhomme sur lâĂ©chelle Ă©tait prĂ©sentĂ© avec un bras tendu vers le haut, en train de peindre, alors que dans lâĆuvre dĂ©finitive, les deux personnages ont les bras croisĂ©s. La critique de lâĂ©poque trouve amusante cette scĂšne de genre » des peintres en bĂątiment regardent vaguement le petit travail que, sans nul doute, ils sont loin dâavoir achevĂ©. Lâattitude est des plus naturelles, et traduit parfaitement le cĂŽtĂ© flĂąneur de lâouvrier parisien, qui est un brave type, gai et jovial, mais a quelque paresse de tempĂ©rament12 ». Une simple plaisanterie ? Et si ces deux peintres en bĂątiment ? Ă©taient une mise en abyme de la peinture comme regard ? Les deux hommes ont le mĂȘme regard fixe, tournĂ© dans la mĂȘme direction. AbsorbĂ©s dans cette activitĂ©, ils sont comme des allĂ©gories de la vision. Curieusement, les lettres de lâenseigne restent indĂ©chiffrables. Ce regard si concentrĂ© serait-il aveugle ? Manquerait-il de la distance nĂ©cessaire pour donner un semblant dâorganisation Ă la complexitĂ© de lâespace urbain ? Peintres en bĂątiment 13 Caroline Mathieu, Gustave Caillebotte et le nouveau Paris », in Au cĆur de lâimpressionnisme, op. ... 15La peinture comme jeu des regards devient pratiquement lâimage de marque de Caillebotte. Ainsi, avec IntĂ©rieur, femme Ă la fenĂȘtre, 1880, la femme, figure principale de cette toile, est vue de dos, face une fenĂȘtre imposante, qui remplit pratiquement la moitiĂ© de la surface du tableau. SymĂ©triquement, de lâautre cĂŽtĂ© de la rue, une autre personne, se trouve Ă sa fenĂȘtre. Cette figure minuscule, que le spectateur dĂ©couvre seulement en suivant la ligne des rideaux Ă©cartĂ©s, est comme Ă©crasĂ©e par la taille disproportionnĂ©e du personnage fĂ©minin. La composition obĂ©it au schĂ©ma des regards qui se croisent sans se rencontrer. LâimpossibilitĂ© de dĂ©chiffrer le sens de lâĆuvre est accentuĂ©e par lâenseigne dorĂ©e, placĂ©e de lâautre cĂŽtĂ© du boulevard. Cinq majuscules dâor sâinstallent au centre du tableau et accaparent lâattention du spectateur sans pour autant livrer la nature du lieu quâelles annoncent. Par contre, nous pouvons facilement imaginer lâatmosphĂšre qui rĂšgne dans ces intĂ©rieurs, ces images Ă©vocatrices du dĂ©sĆuvrement dans ces intĂ©rieurs bourgeois que connaĂźt bien le peintre, et qui trouve une rĂ©sonnance dans la ville abandonnĂ©e et silencieuse13 ». 14 Comme souvent, Caillebotte se sert comme modĂšles des personnes proches de lui. Ici, câest son frĂšre ... 15 Charles Ephrussi, Gazette des Beaux-Arts, 1880. 16Lâeffet de distanciation, caractĂ©ristique des toiles de Caillebotte, est dĂ» Ă une sĂ©paration marquĂ©e entre le champ pictural et le spectateur. La vision est en effet frĂ©quemment dĂ©tournĂ©e nous avons avant tout un point de vue sur un autre point de vue. Le regard ne pĂ©nĂštre pas directement dans lâespace de la reprĂ©sentation, il est relayĂ© par celui dâun personnage au premier plan, dont la seule activitĂ© est dâobserver. Un des premiers tableaux de ce type, Jeune homme Ă la fenĂȘtre, date de 1876. Un homme vu de dos, lĂ©gĂšrement tournĂ© vers la droite, appuyĂ© sur une rambarde, observe dâune fenĂȘtre une rue presque dĂ©serte14. PlacĂ© dans un intĂ©rieur, ce personnage est protĂ©gĂ© du vide par une balustrade de pierre. Le sentiment de vertige, frĂ©quent dans dâautres tableaux de Caillebotte, est ici Ă©vitĂ©. Pourtant, le spectateur reste sur une impression dâĂ©trangetĂ©. Reprenant un thĂšme courant chez les romantiques, la fenĂȘtre ouverte, ce tableau joue sur le montage » entre le premier et troisiĂšme plan pour produire un effet inĂ©dit. Caillebotte utilise en effet un mode de composition oĂč le premier plan et lâarriĂšre-plan semblent entrer en collision. Le grossissement du premier plan est si poussĂ©, le bas de la toile est si exagĂ©rĂ©ment rĂ©duit la silhouette de la femme sur le bord du trottoir est minuscule, lâeffet de raccourci est tel, que lâespace devient irrĂ©el. Quel dommage, regrette la critique, que chez Mr Caillebotte, qui a certaines qualitĂ©s de peintre, les plans successifs nâexistent pas, les distances soient supprimĂ©es15. Cette technique, qui vient de la peinture japonaise et quâon nomme la chute du second plan » Shigemi Inaga, 1984, explique lâeffet de tĂ©lescopage spatial » que produisent souvent les toiles de Caillebotte oĂč la rĂ©duction de lâĂ©chelle dans la profondeur introduit une sensation incongrue. 16 Au-dedans, câest par la fenĂȘtre que nous communiquons avec lâextĂ©rieur⊠le cadre de la fenĂȘtre, s ... 17 Dans S/Z, Roland Barthe Ă©crit Toute description est une vue. On dirait que lâĂ©nonciateur, avant d ... 17Le thĂšme du personnage Ă la fenĂȘtre devient un motif de prĂ©dilection chez lâartiste, qui en propose de nombreuses versions autour des annĂ©es 1880. FrontiĂšre ou seuil entre le dedans et le dehors, la fenĂȘtre suscite, par sa transparence, le regard câest un poste dâobservation privilĂ©giĂ© de la rĂ©alitĂ© extĂ©rieure16. De plus, les possibilitĂ©s de cadrage diffĂ©rent amplifient son rĂŽle dâ Ă©changeur » entre lâespace intĂ©rieur et extĂ©rieur la fenĂȘtre a ainsi, dans la peinture de Caillebotte, un rĂŽle actif dans la construction du tableau17. En dâautres termes, pour lâart moderne, Ă©mancipĂ© de la narration, le cadrage devient Ă la fois une nĂ©cessitĂ© et un dĂ©fi. 18Lâaugmentation du nombre des Ă©tages dans les immeubles de rapport accentue la hauteur et la verticalitĂ© du point de vue. Dans un univers oĂč les femmes sont confinĂ©es aux intĂ©rieurs », ce sont les hommes qui regardent aux balcons, la vogue de ces derniers datant de la pĂ©riode haussmannienne. Ces balcons en corniche permettent dâĂ©tonnantes vues plongeantes sur la rue parisienne. Les panoramas peints par Caillebotte sont des visions Ă©loignĂ©es que le peintre situe en dehors de la scĂšne reprĂ©sentĂ©e. Ainsi avec Homme au Balcon, boulevard Haussmann, de 1880, le point de vue se trouve approximativement Ă lâendroit habitĂ© par le peintre Ă cette Ă©poque, Ă lâangle de la rue Gluck. Un homme en redingote et chapeau haut-de-forme nous tourne le dos. Son regard traverse le tableau en diagonale, imposant un axe dâorientation au spectateur. 19DatĂ© de la mĂȘme annĂ©e, Un balcon montre deux personnages dont lâun se penche sur la rampe du balcon et observe le paysage urbain, tandis que lâautre sâadosse de façon nonchalante Ă la façade de lâimmeuble. Les visages sont flous ; la vue de profil accentue lâanonymat de ces hommes qui ne sont plus que des instruments dâoptique. Le regard du spectateur suit une ligne Ă©trangement perpendiculaire Ă celle, fuyante et accĂ©lĂ©rĂ©e, de la perspective. Comme souvent chez Caillebotte, cette toile joue sur la tension entre un regard qui sâapproche et un regard qui sâĂ©loigne. Toutefois, nous ne saurons jamais ici ce que scrutent ces deux regards. La vue sur la rue se perd dans les feuillages. LâĂ©vĂ©nement se situe hors de la toile, de la mĂȘme façon que le spectateur. Nous restons face Ă une Ă©nigme. 18 Petit ilot de trottoir sur lequel se dresse la forme Ă©lancĂ©e dâun rĂ©verbĂšre, semblable Ă un phare ... 20Caillebotte poursuit son entreprise de façon systĂ©matique. Avec Un refuge, boulevard Hausmann 1880, probablement inspirĂ© par les progrĂšs de la photographie, le regard surplombe un Ă©norme rond-point. LâĂ©crasement de la perspective, la taille minuscule des personnages crĂ©ent un sentiment de vertige. SituĂ©s sur la circonfĂ©rence de la place, rĂ©duits Ă deux touches noires Ă peine Ă©toffĂ©es par lâombre de leurs silhouettes, ces personnages semblent placĂ©s sur un cadran solaire qui paraĂźt Ă©trangement flotter dans un espace vide18. Inversement, Caillebotte peut faire du point de vue le vĂ©ritable sujet de son tableau. Dans Vue prise Ă travers un balcon 1880, le balcon, cet avant-poste dâobservation du paysage urbain, se rĂ©duit Ă sa balustrade, qui interpose entre le regard et la ville ses arabesques de mĂ©tal. 19 A. Joanna, Paris illustrĂ© en 1870 et 1877, Guide de lâĂ©tranger et du Parisien, Paris, Hachette, 187 ... 21Vu de prĂšs ou vu de loin, le paysage urbain de Caillebotte reste toujours intrigant. La vision est ici plus complexe, moins naturelle que celle des impressionnistes. Le regard reste celui dâun bourgeois, contemplant les quartiers de sa classe. Cependant, cette ville nâest pas le lieu idyllique dĂ©crit par Monet ou Renoir. Chez ces derniers, les boulevards sont de larges percĂ©es dans lesquelles le spectateur est invitĂ© Ă pĂ©nĂ©trer. Embellie, la ville se prĂ©sente comme un monde sans conflit, unifiĂ© et cohĂ©rent. La foi profonde des impressionnistes dans le progrĂšs, leur vision positiviste, leur permet de donner une image parfaitement optimiste de lâespace urbain. Leurs toiles seront une parfaite illustration de la description que propose le Guide de lâĂ©tranger et du Parisien, en Ă©voquant la rĂ©volution haussmannienne qui crĂ©a avec amour la vĂ©ritable promenade de lâavenir, le vĂ©ritable jardin de la nation Ă©mancipĂ©e, les boulevards19 ». 20 Kirk Varnedoe, op. cit., p. 88. 22Citons pour la derniĂšre fois Kirk Varnedoe qui Ă©crit avec justesse Quand les autres artistes prenaient la ville pour sujet, ils voyaient comme Monet une profusion de formes et de lumiĂšres, un paysage grouillant⊠LĂ oĂč ces artistes nous montrent une foule bigarrĂ©e, Caillebotte nous donne Ă voir le vide qui sâĂ©tire dans des perspectives interminables et nâaccueille que des flĂąneurs isolĂ©s. Tandis que dâautres chantent le foisonnement pittoresque, Caillebotte propose laconiquement un Ă©chantillonnage sĂ©lectif dans le cadre dâun ordre rigoureux20 ». 21 Danielle Chaperon, op. cit., p. 68. 23Les boulevards qui deviennent lâespace social sont le signe le plus visible du triomphe de la bourgeoisie Ă laquelle appartient Caillebotte. Mais, sa position de peintre, celui qui prend du recul face au visible fait que Caillebotte, comme ses personnages, y appartient sans y adhĂ©rer. La question de la bonne distance, ce double mouvement de rapprochement et dâĂ©loignement traverse tout son travail pictural. Le regard quâil pose sur le regard, cette façon dâentrer dans lâĆuvre par procuration, peut-on dire, atteste quâil fut un Ă©tranger parmi les siens, Ă la fois proche et sĂ©parĂ© de tous, de plain-pied au bord dâun vide21 ». 24Face Ă la ville, Ă lâinstar de Degas ou Manet, Caillebotte est, lâhistoire nous lâa prouvĂ©, lucide. La collision et lâhĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ© des espaces urbains, lâimpossibilitĂ© dâen donner une image unifiĂ©e, le sentiment de vertige contredisent lâapparente rĂ©gularitĂ© de lâordre urbain. LâĆuvre de Caillebotte nous permet ainsi de percevoir les signes encore discrets de lâinhumanitĂ© des mĂ©tropoles modernes. Le caractĂšre mĂ©lancolique de ces toiles indique que la modernitĂ© de la ville haussmannienne est dĂ©jĂ perçue avec un regard nostalgique. Dans la ville impressionniste rĂ©sonnent toujours les Ă©chos des sujets de prĂ©dilection de ces peintres, les paysages de campagne. Caillebotte, lui, fuira lâinquiĂ©tante Ă©trangetĂ© du paysage urbain pour lâharmonie des visions de la nature. Ce nâest peut-ĂȘtre que face Ă lâĂ©tendue illimitĂ©e de la plaine La Plaine de Gennevilliers, champs jaunes, 1884 que le peintre atteindra enfin la sĂ©rĂ©nitĂ©. Haut de page Notes 1 Pissarro Ă©crit en 1897 Ă son fils, Lucien Ce nâest peut-ĂȘtre trĂšs esthĂ©tique, mais je suis enchantĂ© de faire ces rues de Paris que lâon a lâhabitude de dire laides, mais qui sont si argentĂ©es, si lumineuses et si vivantes... Câest moderne en plein », Camille Pissarro, Lettres Ă son fils Lucien, prĂ©sentĂ©e par John Rewald, Paris, Albin Michel, 1950, p. 447. 2 Nos artistes doivent trouver la poĂ©sie des gares, comme leurs pĂšres ont trouvĂ© celle des forĂȘts et des fleuves », affirme Ămile Zola en 1877. 3 On ne verra jamais chez eux les plis sinueux des vieilles capitales », C. Baudelaire, Les petites villes », Tableaux parisiens, XCI, Les Fleurs du mal, in Ćuvres complĂštes, GenĂšve, 1975, p. 254. 4 Kirk Varnedoe, Gustave Caillebotte, Paris, Adam Biro, 1988, p. 88. 5 PrĂ©sentĂ© Ă lâexposition impressionniste de 1877, le tableau reçoit un accueil plutĂŽt favorable M. Caillebotte nâest impressionniste que de nom. Il sait dessiner et peint plus sĂ©rieusement que ses confrĂšres », lit-on dans la Petite RĂ©publique française du mois dâavril. 6 Bertail, Le Soir, 1876. 7 E. Lepelletier, Le Radical, 1877 8 Kirk Varnedoe, op. cit. 9 Ce sentiment dâaliĂ©nation est dâautant plus frappant quand il sâagit des scĂšnes dâintĂ©rieur. Les quelques toiles qui figurent des couples semblent rĂ©unir deux personnes Ă©trangĂšres lâune Ă lâautre, qui se cĂŽtoient sans ĂȘtre ensemble. 10 Caillebotte rĂ©serve les titres descriptifs mais sans prĂ©cision de lâangle de vue aux reprĂ©sentations urbaines dans lesquelles le spectacle se situe Ă la hauteur des yeux. Place Saint-Augustin, temps brumeux 1878 ou La Caserne de la PĂ©piniĂšre 1878 11 On ne sâĂ©tonnera pas de lâimportance que prend dans son Ćuvre la thĂ©matique du seuil et du bord appuis de fenĂȘtre, pas-de-portes, grilles de balcons, bordures de massif, accotements, dĂ©barcadĂšres, marquent la place du peintre ou des personnages quâil dĂ©lĂšgue Ă la contemplations des paysages ou des intĂ©rieurs », Danielle Chaperon, Caillebotte, peintre du plain pied, Point de vue naturalistes », Au cĆur de lâimpressionnisme, Lausanne, Fondation lâHermitage, 2005, p. 64. 12 Jean Bernac, The Caillebotte Bequest to the Luxembourg », The Art Journal,1895, pp. 230-232, 308-310, 358-361. 13 Caroline Mathieu, Gustave Caillebotte et le nouveau Paris », in Au cĆur de lâimpressionnisme, op. cit., p. 29. 14 Comme souvent, Caillebotte se sert comme modĂšles des personnes proches de lui. Ici, câest son frĂšre cadet, RenĂ©, mort la mĂȘme annĂ©e. 15 Charles Ephrussi, Gazette des Beaux-Arts, 1880. 16 Au-dedans, câest par la fenĂȘtre que nous communiquons avec lâextĂ©rieur⊠le cadre de la fenĂȘtre, selon que nous sommes loin ou prĂšs, que nous nous tenons assis ou debout, dĂ©coupe le spectacle extĂ©rieur de la maniĂšre la plus inattendue », Edmond Duranty, La Nouvelle Peinture, Paris, 1876. 17 Dans S/Z, Roland Barthe Ă©crit Toute description est une vue. On dirait que lâĂ©nonciateur, avant de dĂ©crire, se poste Ă la fenĂȘtre, non tellement pour bien voir, mais pour fonder ce quâil voit par son cadre mĂȘme lâembrassure fait spectacle. DĂ©crire, câest donc placer le cadre vide que lâauteur rĂ©aliste transporte toujours avec lui », Roland Barthes, S/Z, Paris, Seuil, 1970, coll. Points », pp. 61-62. 18 Petit ilot de trottoir sur lequel se dresse la forme Ă©lancĂ©e dâun rĂ©verbĂšre, semblable Ă un phare au milieu du flot dĂ©chaĂźnĂ© par des voitures. Cette Ăźle de salut est sans doute lâinvention la plus originale et la plus grandiose de lâurbanisme moderne », Camille Sitte, Lâart de bĂątir les villes lâurbanisme sur ses fondements artistiques, Paris, Ă©d de lâEquerre, 1980, p. 102 19 A. Joanna, Paris illustrĂ© en 1870 et 1877, Guide de lâĂ©tranger et du Parisien, Paris, Hachette, 1877, p. 44, citĂ© in Julia Sagraves La Rue », Caillebotte, Grand Palais, 1995, p. 144. 20 Kirk Varnedoe, op. cit., p. 88. 21 Danielle Chaperon, op. cit., p. 68. Haut de page Pour citer cet article RĂ©fĂ©rence Ă©lectronique Itzhak Goldberg, La vision de la ville par les impressionnistes et par Caillebotte », Bulletin du Centre de recherche français Ă JĂ©rusalem [En ligne], 24 2013, mis en ligne le 20 juin 2013, consultĂ© le 23 aoĂ»t 2022. URL de page Auteur Itzhak Goldberg Itzhak Goldberg est professeur en histoire de lâart Ă lâUniversitĂ© Jean Monnet, St Ătienne. Il se spĂ©cialise en histoire de lâart moderne. Il est critique Ă Beaux Arts Magazine et parmi ses publications principales figurent Jawlensky ou le visage promis, Paris, Ă©d. LâHarmattan, coll. Ouvertures philosophiques », 1998, Le Visage qui sâefface â de Giacometti Ă Baselitz, Toulon, HĂŽtel des Arts, 2008 et Installer Ă paraĂźtre, 2013. Il a Ă©galement publiĂ© de nombreux articles dans des catalogues et des de page Droits dâauteur Tous droits rĂ©servĂ©sHaut de page
Nous avons produit lâanalyse du poĂšme Les Petites Vieilles de Baudelaire dans le cadre de lâĂ©tude du thĂšme de culture gĂ©nĂ©rale du concours de prĂ©pas Ă©conomiques et commerciales ECG. NĂ©anmoins, cette analyse approfondie peut servir lâensemble des Ă©tudiants. Il sâagit en effet dâenrichir sa culture gĂ©nĂ©rale aussi bien littĂ©raire que philosophique, avec un extrait dâune des nombreuses oeuvres de Charles Baudelaire. Les petites vieilles de Baudelaire extrait choisi pour lâanalyse Retrouve tout dâabord lâextrait des Petites vieilles de Baudelaire que nous tâavons sĂ©lectionnĂ© I Dans les plis sinueux des vieilles capitales, OĂč tout, mĂȘme lâhorreur, tourne aux enchantements, Je guette, obĂ©issant Ă mes humeurs fatales Des ĂȘtres singuliers, dĂ©crĂ©pits et charmants. Ces monstres disloquĂ©s furent jadis des femmes, Ăponine ou LaĂŻs ! Monstres brisĂ©s, bossus Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des Ăąmes. Sous des jupons trouĂ©s et sous de froids tissus Ils rampent, flagellĂ©s par les bises iniques, FrĂ©missant au fracas roulant des omnibus, Et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques, Un petit sac brodĂ© de fleurs ou de rĂ©bus ; Ils trottent, tout pareils Ă des marionnettes ; Se traĂźnent, comme font les animaux blessĂ©s, Ou dansent, sans vouloir danser, pauvres sonnettes OĂč se pend un DĂ©mon sans pitiĂ© ! Tout cassĂ©s Quâils sont, ils ont des yeux perçants comme une vrille, Luisants comme ces trous oĂč lâeau dort dans la nuit ; Ils ont les yeux divins de la petite fille Qui sâĂ©tonne et qui rit Ă tout ce qui reluit. â Avez-vous observĂ© que maints cercueils de vieilles Sont presque aussi petits que celui dâun enfant ? La Mort savante met dans ces biĂšres pareilles Un symbole dâun goĂ»t bizarre et captivant, Et lorsque jâentrevois un fantĂŽme dĂ©bile Traversant de Paris le fourmillant tableau, Il me semble toujours que cet ĂȘtre fragile Sâen va tout doucement vers un nouveau berceau ; A moins que, mĂ©ditant sur la gĂ©omĂ©trie, Je ne cherche, Ă lâaspect de ces membres discords, Combien de fois il faut que lâouvrier varie La forme de la boĂźte oĂč lâon met tous ces corps. Introduction de lâanalyse de lâoeuvre poĂ©tique de Baudelaire Dans lâesthĂ©tique de la laideur, on peut dire que Baudelaire est un prĂ©curseur. Aussi, en ce qui concerne la description de la vieillesse, il se distingue nettement de Ronsard voir lâarticle sur Quand vous serez bien vieille », qui ne perçoit aucune beautĂ© dans les traits dâune vieille femme. Baudelaire offre un portrait assez pitoyable de la vieillesse, tout en mĂȘlant un sentiment de tendresse envers celle-ci. Comment Baudelaire fait-il du corps considĂ©rĂ© comme laid, â le corps des vieilles femmes â un objet de beautĂ© ? Alors que Ronsard prĂ©vient HĂ©lĂšne quâaucune vieille femme nâest la Muse des poĂštes, Baudelaire, lui, dĂ©die un poĂšme Ă ces crĂ©atures quâil trouve mystĂ©rieuses. Il prouve Ă nouveau la modernitĂ© de son esthĂ©tisme, et sa rupture avec les codes classique de la poĂ©sie les thĂšmes quâil aborde est Ă lâopposĂ© de la tradition. Ainsi, tout en respectant les rĂšgles poĂ©tiques formelles, Baudelaire choisit de renverser les codes et, littĂ©ralement, de crĂ©er du neuf avec du vieux. Câest en cela que Les petites vieilles de Baudelaire est une oeuvre trĂšs pertinente Ă Ă©tudier pour ta dissertation de CG. Des petites vieilles monstrueuses Au premier abord, le rapport quâentretient le poĂšte avec les petites vieilles » est ambigu il les compare Ă des monstres mais invite dans le mĂȘme temps Ă les aimer. On peut alors se dire quâil voit des aspects dâelles que les autres ne voient pas elles sont humaines, elles furent jeunes et belles un jour. Il distingue leur humanitĂ© au-delĂ de leur physique dĂ©fraĂźchi. Des femmes ? Les personnages mis en scĂšne dans le poĂšme de Baudelaire sont des petites vieilles », comme si elles nâavaient jamais Ă©tĂ© caractĂ©risĂ©es que par leur Ăąge avancĂ©. De fait, elles furent jadis des femmes » ce qui laisse Ă penser quâelles ne disposent plus, effectivement, de leur humanitĂ©. Elles se sont transformĂ©es en crĂ©atures laides que personne ne saurait prĂ©cisĂ©ment identifier, et caractĂ©risĂ©es par leurs dĂ©formations. Elles sont ainsi devenues des vestiges dâun autre temps, des reliques » A tel point quâelles sont terriblement affaiblies, puisque plus aucune force vitale ne les rĂ©git. Les petites vieilles de Baudelaire deviennent presque irrĂ©elles, de simples silhouettes ou fantĂŽmes dĂ©biles » ⊠Ou des monstres ? Baudelaire nâest pas dupe dans son poĂšme le corps des vieilles femmes nâest pas harmonieux, elles ont une apparence monstrueuse ce sont des monstres disloquĂ©s » v5, brisĂ©s, bossus ou tordus » tout cassĂ©s » et mĂȘme discords » Le poĂšte ne rechigne pas Ă admettre leur laideur au contraire, il la met en avant. Il peint ainsi des crĂ©atures pathĂ©tiques et souffrantes. Elles sont proches de la terre, rampent » se traĂźnent » et sont donc plus proches de la boue que des cieux. De la tendresse pour les petites vieilles Les petites vieilles sont des ĂȘtres rejetĂ©s de la sociĂ©tĂ©, que chacun mĂ©prise ou tout du moins regarde avec pitiĂ© ; ce sont des parias, autrefois membre de cette mĂȘme sociĂ©tĂ©. Elles sont difformes et plus personne ne prendrait de plaisir Ă les regarder. Pourtant, il existe encore une figure qui les contemple et encense leurs traits câest le poĂšte. Pas nâimporte lequel celui qui a Ă©crit LâAlbatros », poĂšme qui dĂ©crit le poĂšte comme un ĂȘtre rejetĂ© par tous. Baudelaire nâĂ©tait en effet pas une personne des plus sociables, et il Ă©tait lui-mĂȘme considĂ©rĂ© comme laid. Il semble ainsi assez Ă©vident de faire le parallĂšle entre lui et les petites vieilles quâil dĂ©crit et pour qui il ressent de la tendresse. Description froide de crĂ©atures indĂ©terminĂ©es dans le poĂšme de Baudelaire Le ton du poĂšme paraĂźt trĂšs dĂ©tachĂ© au premier abord. Baudelaire fait comme une description des petites vieilles » Ă la maniĂšre dâun scientifique il les regarde, les observe, les dĂ©crit avec des termes crus, terre-Ă -terre. Il les guette » ces crĂ©atures qui rampent » trottent » se traĂźnent », Il Ă©tudie leur comportement et se dĂ©crit lui-mĂȘme comme une sorte de scientifique, mĂ©ditant sur la gĂ©omĂ©trie » Le ton de ces vers sont encore plus froids et cyniques lorsque lâon voit quâil portait une rĂ©flexion sur la mort prochaine des petites vieilles il Ă©tablit un parallĂšle entre lui-mĂȘme et un gĂ©omĂštre afin dâillustrer la façon dont il considĂšre la forme et la taille du cercueil qui sera offert aux petites vieilles. De fait, le poĂšte sâinterroge Ă propos de ces ĂȘtres pendant quâil les observe. Elles lui semblent ainsi ambivalentes, pleines de contradictions. De nombreuses antithĂšses les illustrent. Au vers 6 de son oeuvre, Baudelaire les compare Ă Eponine ou LaĂŻs » Eponine est une femme qui reprĂ©sente la vertu, et LaĂŻs reprĂ©sente le vice ; elles symbolisent Ă la fois le bien et le mal dans son poĂšme. Cela traduit le caractĂšre ambivalent de la femme, ce que Baudelaire illustre souvent dans ses poĂšmes Ă lâinstar des petites veilles. Il oppose Ă©galement lâintĂ©rioritĂ© Ă lâextĂ©rioritĂ© de ces petites vieilles. A lâintĂ©rieur dâun corps disloquĂ©, difforme, monstrueux, se trouve en fait une Ăąme » que lâon peut distinguer Ă travers des yeux divins de la petite fille » des yeux mystĂ©rieux » On le sait, les yeux sont le miroir de lâĂąme » ils expriment sans mots ce qui se cache en profondeur. GrĂące aux yeux de celles qui furent des femmes, en apparence laides et vieilles dĂ©sormais, on peut dĂ©sormais voir les restes dâune Ăąme dâenfant, prisonnier dâun corps monstrueux. Une description faussement froide de la part du poĂšte Baudelaire invite en fait Ă la tendresse envers ces crĂ©atures malgrĂ© leur apparence. Une autre opposition est encore prĂ©sente dans le poĂšme, qui cette fois discorde avec le ton froid du scientifique le poĂšte balance entre la rĂ©pulsion, comme on a pu le voir prĂ©cĂ©demment avec les corps disloquĂ©s » et autres adjectifs, et la fascination. Les substantifs et adjectifs sont en effet nombreux enchantements » charmants » ⊠Les petites vieilles ne sont pas que des fantĂŽmes du passĂ©, ce sont une source dâinspiration et de fascination pour le poĂšte. Il voit en elles quelque chose qui inspire sa pitiĂ© en mĂȘme temps quâil a un sentiment de dĂ©goĂ»t, puisquâil arrive Ă voir au-delĂ de la carapace de leur corps. De fait, le ton nâest que superficiellement cruel, car on ressent lâindĂ©niable pitiĂ© ou charitĂ© du poĂšte face Ă ces crĂ©atures aimons-les » divins » ⊠Par ailleurs, il semble ressentir une vĂ©ritable sympathie au sens Ă©tymologique capacitĂ© Ă partager les mĂȘmes sentiments, les mĂȘmes Ă©motions face Ă ces vieilles qui paraissent ĂȘtre le miroir du spleen que ressent Baudelaire, ce qui nous amĂšne vers notre derniĂšre partie de cette analyse. Le prĂ©texte poĂ©tique baudelairien rendre un corps laid en un sujet noble Les petites vieilles, incarnations poĂ©tiques de Paris Paris semble ainsi ĂȘtre le lieu parfait pour dĂ©crire la laideur selon Baudelaire, le sale Ă cette Ă©poque, la ville sent mauvais, hĂ©berge de nombreuses maladies, nâest pas encore rĂ©novĂ©e par Haussmann, etc. En effet, il ne faut pas creuser trĂšs loin pour observer la comparaison entre les petites vieilles et la ville de Paris. Tout dâabord, la rencontre entre le poĂšte et les petites vieilles se fait dans la ville, espace problĂ©matique, entre laideur et envoĂ»tement Dans les plis sinueux des vieilles capitales, / OĂč tout, mĂȘme lâhorreur, tourne aux enchantements » et 2. Baudelaire la dĂ©crit ensuite Ă lâaide dâhyperboles antithĂ©tiques, entre horreur » et enchantements ». Aux enchantements peut aussi se raccorder le domaine du rĂȘve, quâon peut voir avec les plis sinueux », qui se rapportent Ă une ville labyrinthique, ou bien aux rides des petites vieilles. Autour du poĂšte, lâespace devient de plus en plus complexe Ă mesure des descriptions que lâon analyse. La rĂ©alitĂ© est ainsi prĂ©sente avec la laideur, la multitude de la foule, les bruits urbains tels que ceux des omnibus. Mais lâimaginaire tend toujours Ă se battre pour gagner du terrain le labyrinthe, les spectres des petites vieilles, ⊠La rĂ©alitĂ© urbaine est ainsi transformĂ©e en terrain de jeu de lâimagination de Baudelaire, ce qui rĂ©vĂšle son intĂ©rioritĂ© ainsi que son projet poĂ©tique. Analyse de la beautĂ© dans la laideur De fait, le poĂšme illustre parfaitement le projet ainsi que lâintĂ©rioritĂ© de Baudelaire dans lâĂ©pilogue des Fleurs du Mal, il Ă©crit Tu mâas donnĂ© ta boue et jâen ai fait de lâor ». Le but est de rĂ©inventer la beautĂ©, de ne plus se concentrer sur le Beau classique. Le laid, le difforme, le sale sont de nouvelles formes de beautĂ©. Le paysage urbain a ainsi Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ© par le poĂšte. Imaginez Paris en 1857 vieille, sale, pauvre, grouillant de monde. Les poĂštes romantiques surtout, ceux de la gĂ©nĂ©ration avant Baudelaire, nâaimaient que les paysages naturels et grandioses. Baudelaire rĂ©habilite ainsi la beautĂ© dans la laideur, et les petites vieilles sont une incarnation de Paris personne ne les trouve belles, elles sont des monstres disloquĂ©s » dĂ©crĂ©pits » Ce poĂšme reflĂšte ainsi la pensĂ©e et lâesthĂ©tique de la laideur de Baudelaire le laid et le mal sont des sujets poĂ©tiques dâoĂč peut venir la beautĂ© Le Beau est toujours bizarre ». Dans la ville dâailleurs, lâhorreur » du lieu tourne aux enchantements » ; et les petites vieilles sont Ă la fois des crĂ©atures dĂ©crĂ©pits » et charmants ». En effet, pour Baudelaire, ces mots ne sont pas des antithĂšses ils peuvent aller ensemble sans se contredire. LĂ est donc toute la modernitĂ© de la pensĂ©e de Baudelaire la laideur est ainsi son objet poĂ©tique phare. Urbanisme, laideur et modernitĂ© Toute cette esthĂ©tique de la laideur est trĂšs nouvelle pour lâĂ©poque, et cette volontĂ© tĂ©moigne de la modernitĂ© de Baudelaire quant Ă sa vision du beau. Pour le poĂšte, la dĂ©finition de la modernitĂ© tient ainsi en ces quelques mots La modernitĂ©, câest le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitiĂ© de lâart, dont lâautre moitiĂ© est lâĂ©ternel et lâimmuable. » On retrouve dans cette dĂ©finition les petites vieilles ce sont des ĂȘtres qui vont bientĂŽt mourir, qui ne sont lĂ que temporairement. Au travers de leur description, Baudelaire parvient Ă tirer lâĂ©ternel du transitoire ». En effet, les petites vieilles sont Ă la fois dans le passĂ© et dans le prĂ©sent elles sont des vestiges du passĂ© se mouvant dans un paysage urbain bien actuel ; de simples passantes que le poĂšte dĂ©crit fugitivement dans son poĂšme. Le poĂšte nâidĂ©alise ainsi pas le rĂ©el comme la plupart encore de ses contemporains ou des romantiques. Il fait en effet osciller son poĂšme entre prosaĂŻsme et onirisme. La beautĂ© nâest nĂ©anmoins pas totalement absente, elle est transformĂ©e câest une poĂ©sie urbaine. Ainsi, Baudelaire dans les petites vieilles, se fait mĂ©moire du prĂ©sent », quand lâart classique considĂ©rait jusque lĂ faire une poĂ©sie de lâimmuable uniquement. Conclusion de lâanalyse du poĂšme Les Petites Vieilles de Baudelaire En conclusion, ce poĂšme a tout pour se distinguer du XVIe siĂšcle, et de la vision de la beautĂ© de Ronsard. Alors que ce dernier ne voit de la beautĂ© quâen une jeune femme, aux traits physiques apparemment dignes des canons de beautĂ©, Baudelaire se veut plus subversif encore en crĂ©ant une poĂ©tique de la boue. Il dĂ©crit en effet dans son poĂšme des petites vieilles, parfois Ă la maniĂšre dâun scientifique froid, mais le plus souvent en manifestant toute la tendresse quâil voit en ces ĂȘtres qui lui ressemblent finalement beaucoup. Le poĂšte met ainsi en Ćuvre son projet prendre de la boue pour la transformer en or. Baudelaire est ainsi celui qui a transformĂ© le paysage urbain apparemment laid et sale en un sujet poĂ©tique beau et fascinant. Les petites vieilles de Baudelaire poĂšme en entier Voici ensuite lâextrait complet des Petites vieilles de Baudelaire Ă Victor Hugo I Dans les plis sinueux des vieilles capitales, OĂč tout, mĂȘme lâhorreur, tourne aux enchantements, Je guette, obĂ©issant Ă mes humeurs fatales Des ĂȘtres singuliers, dĂ©crĂ©pits et charmants. Ces monstres disloquĂ©s furent jadis des femmes, Ăponine ou LaĂŻs ! Monstres brisĂ©s, bossus Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des Ăąmes. Sous des jupons trouĂ©s et sous de froids tissus Ils rampent, flagellĂ©s par les bises iniques, FrĂ©missant au fracas roulant des omnibus, Et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques, Un petit sac brodĂ© de fleurs ou de rĂ©bus ; Ils trottent, tout pareils Ă des marionnettes ; Se traĂźnent, comme font les animaux blessĂ©s, Ou dansent, sans vouloir danser, pauvres sonnettes OĂč se pend un DĂ©mon sans pitiĂ© ! Tout cassĂ©s Quâils sont, ils ont des yeux perçants comme une vrille, Luisants comme ces trous oĂč lâeau dort dans la nuit ; Ils ont les yeux divins de la petite fille Qui sâĂ©tonne et qui rit Ă tout ce qui reluit. â Avez-vous observĂ© que maints cercueils de vieilles Sont presque aussi petits que celui dâun enfant ? La Mort savante met dans ces biĂšres pareilles Un symbole dâun goĂ»t bizarre et captivant, Et lorsque jâentrevois un fantĂŽme dĂ©bile Traversant de Paris le fourmillant tableau, Il me semble toujours que cet ĂȘtre fragile Sâen va tout doucement vers un nouveau berceau ; Ă moins que, mĂ©ditant sur la gĂ©omĂ©trie, Je ne cherche, Ă lâaspect de ces membres discords, Combien de fois il faut que lâouvrier varie La forme de la boĂźte oĂč lâon met tous ces corps. â Ces yeux sont des puits faits dâun million de larmes, Des creusets quâun mĂ©tal refroidi pailleta⊠Ces yeux mystĂ©rieux ont dâinvincibles charmes Pour celui que lâaustĂšre Infortune allaita ! II De Frascati dĂ©funt Vestale enamourĂ©e ; PrĂȘtresse de Thalie, hĂ©las ! dont le souffleur EnterrĂ© sait le nom ; cĂ©lĂšbre Ă©vaporĂ©e Que Tivoli jadis ombragea dans sa fleur, Toutes mâenivrent ; mais parmi ces ĂȘtres frĂȘles Il en est qui, faisant de la douleur un miel Ont dit au DĂ©vouement qui leur prĂȘtait ses ailes Hippogriffe puissant, mĂšne-moi jusquâau ciel ! Lâune, par sa patrie au malheur exercĂ©e, Lâautre, que son Ă©poux surchargea de douleurs, Lâautre, par son enfant Madone transpercĂ©e, Toutes auraient pu faire un fleuve avec leurs pleurs ! III Ah ! que jâen ai suivi de ces petites vieilles ! Une, entre autres, Ă lâheure oĂč le soleil tombant Ensanglante le ciel de blessures vermeilles, Pensive, sâasseyait Ă lâĂ©cart sur un banc, Pour entendre un de ces concerts, riches de cuivre, Dont les soldats parfois inondent nos jardins, Et qui, dans ces soirs dâor oĂč lâon se sent revivre, Versent quelque hĂ©roĂŻsme au cĆur des citadins. Celle-lĂ , droite encor, fiĂšre et sentant la rĂšgle, Humait avidement ce chant vif et guerrier ; Son Ćil parfois sâouvrait comme lâĆil dâun vieil aigle ; Son front de marbre avait lâair fait pour le laurier ! IV Telles vous cheminez, stoĂŻques et sans plaintes, Ă travers le chaos des vivantes citĂ©s, MĂšres au cĆur saignant, courtisanes ou saintes, Dont autrefois les noms par tous Ă©taient citĂ©s. Vous qui fĂ»tes la grĂące ou qui fĂ»tes la gloire, Nul ne vous reconnaĂźt ! un ivrogne incivil Vous insulte en passant dâun amour dĂ©risoire ; Sur vos talons gambade un enfant lĂąche et vil. Honteuses dâexister, ombres ratatinĂ©es, Peureuses, le dos bas, vous cĂŽtoyez les murs ; Et nul ne vous salue, Ă©tranges destinĂ©es ! DĂ©bris dâhumanitĂ© pour lâĂ©ternitĂ© mĂ»rs ! Mais moi, moi qui de loin tendrement vous surveille, LâĆil inquiet, fixĂ© sur vos pas incertains, Tout comme si jâĂ©tais votre pĂšre, ĂŽ merveille ! Je goĂ»te Ă votre insu des plaisirs clandestins Je vois sâĂ©panouir vos passions novices ; Sombres ou lumineux, je vis vos jours perdus ; Mon cĆur multipliĂ© jouit de tous vos vices ! Mon Ăąme resplendit de toutes vos vertus ! Ruines ! ma famille ! ĂŽ cerveaux congĂ©nĂšres ! Je vous fais chaque soir un solennel adieu ! OĂč serez-vous demain, Ăves octogĂ©naires, Sur qui pĂšse la griffe effroyable de Dieu ? Te voilĂ maintenant prĂȘt Ă analyser convenablement le poĂšme des Petites vieilles de Baudelaire ! Tu peux dâailleurs retrouver notre article sur la gĂ©ante monstrueuse de Baudelaire ! Ensuite tu pourras lire notre article sur la mĂ©moire du bonheur bourgeois de Baudelaire.
Dans les plis sinueux des vieilles capitales, OĂč tout, mĂȘme l'horreur, tourne aux enchantements, Je guette, obĂ©issant Ă mes humeurs fatales Des ĂȘtres singuliers, dĂ©crĂ©pits et monstres disloquĂ©s furent jadis des femmes, Ăponine ou LaĂŻs ! Monstres brisĂ©s, bossus Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des Ăąmes. Sous des jupons trouĂ©s et sous de froids tissusIls rampent, flagellĂ©s par les bises iniques, FrĂ©missant au fracas roulant des omnibus, Et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques, Un petit sac brodĂ© de fleurs ou de rĂ©bus ;Ils trottent, tout pareils Ă des marionnettes ; Se traĂźnent, comme font les animaux blessĂ©s, Ou dansent, sans vouloir danser, pauvres sonnettes OĂč se pend un DĂ©mon sans pitiĂ© ! Tout cassĂ©sQu'ils sont, ils ont des yeux perçants comme une vrille, Luisants comme ces trous oĂč l'eau dort dans la nuit ; Ils ont les yeux divins de la petite fille Qui s'Ă©tonne et qui rit Ă tout ce qui Avez-vous observĂ© que maints cercueils de vieilles Sont presque aussi petits que celui d'un enfant ? La Mort savante met dans ces biĂšres pareilles Un symbole d'un goĂ»t bizarre et captivant,Et lorsque j'entrevois un fantĂŽme dĂ©bile Traversant de Paris le fourmillant tableau, Il me semble toujours que cet ĂȘtre fragile S'en va tout doucement vers un nouveau berceau ;A moins que, mĂ©ditant sur la gĂ©omĂ©trie, Je ne cherche, Ă l'aspect de ces membres discords, Combien de fois il faut que l'ouvrier varie La forme de la boĂźte oĂč l'on met tous ces Ces yeux sont des puits faits d'un million de larmes, Des creusets qu'un mĂ©tal refroidi pailleta... Ces yeux mystĂ©rieux ont d'invincibles charmes Pour celui que l'austĂšre Infortune allaita !De Frascati dĂ©funt Vestale enamourĂ©e ; PrĂȘtresse de Thalie, hĂ©las ! dont le souffleur EnterrĂ© sait le nom ; cĂ©lĂšbre Ă©vaporĂ©e Que Tivoli jadis ombragea dans sa fleur,Toutes m'enivrent ; mais parmi ces ĂȘtres frĂȘles Il en est qui, faisant de la douleur un miel Ont dit au DĂ©vouement qui leur prĂȘtait ses ailes Hippogriffe puissant, mĂšne-moi jusqu'au ciel !L'une, par sa patrie au malheur exercĂ©e, L'autre, que son Ă©poux surchargea de douleurs, L'autre, par son enfant Madone transpercĂ©e, Toutes auraient pu faire un fleuve avec leurs pleurs !Ah ! que j'en ai suivi de ces petites vieilles ! Une, entre autres, Ă l'heure oĂč le soleil tombant Ensanglante le ciel de blessures vermeilles, Pensive, s'asseyait Ă l'Ă©cart sur un banc,Pour entendre un de ces concerts, riches de cuivre, Dont les soldats parfois inondent nos jardins, Et qui, dans ces soirs d'or oĂč l'on se sent revivre, Versent quelque hĂ©roĂŻsme au coeur des droite encor, fiĂšre et sentant la rĂšgle, Humait avidement ce chant vif et guerrier ; Son oeil parfois s'ouvrait comme l'oeil d'un vieil aigle ; Son front de marbre avait l'air fait pour le laurier !Telles vous cheminez, stoĂŻques et sans plaintes, A travers le chaos des vivantes citĂ©s, MĂšres au coeur saignant, courtisanes ou saintes, Dont autrefois les noms par tous Ă©taient qui fĂ»tes la grĂące ou qui fĂ»tes la gloire, Nul ne vous reconnaĂźt ! un ivrogne incivil Vous insulte en passant d'un amour dĂ©risoire ; Sur vos talons gambade un enfant lĂąche et d'exister, ombres ratatinĂ©es, Peureuses, le dos bas, vous cĂŽtoyez les murs ; Et nul ne vous salue, Ă©tranges destinĂ©es ! DĂ©bris d'humanitĂ© pour l'Ă©ternitĂ© mĂ»rs !Mais moi, moi qui de loin tendrement vous surveille, L'oeil inquiet, fixĂ© sur vos pas incertains, Tout comme si j'Ă©tais votre pĂšre, ĂŽ merveille ! Je goĂ»te Ă votre insu des plaisirs clandestins Je vois s'Ă©panouir vos passions novices ; Sombres ou lumineux, je vis vos jours perdus ; Mon coeur multipliĂ© jouit de tous vos vices ! Mon Ăąme resplendit de toutes vos vertus !Ruines ! ma famille ! ĂŽ cerveaux congĂ©nĂšres ! Je vous fais chaque soir un solennel adieu ! OĂč serez-vous demain, Ăves octogĂ©naires, Sur qui pĂšse la griffe effroyable de Dieu ?
Dans le cadre des Diagonales de la Photographie 2012. RĂ©sidence et exposition soutenues par la DRAC RhĂŽne-Alpes Ăcritures de LumiĂšre / MinistĂšre de la Culture et la Ville de Roanne. Yveline Loiseur dĂ©veloppe un travail photographique protĂ©iforme incluant lâinstallation, le papier peint et le livre dâartiste. MĂȘlant lâexpĂ©rience de lâinstantanĂ© avec la mise en scĂšne et la reconstitution en atelier, elle explore les notions de temps, de passage et de mĂ©moire, dessinant une gĂ©ographie sinueuse entre histoire collective, expĂ©rience individuelle et souvenir dâenfance. Depuis la sphĂšre privĂ©e La Vie courante jusque dans le milieu urbain Les Villes invisibles, CrĂ©puscule du matin, Cavalier seul, La Vie matĂ©rielle avec Bureau lâImprimante, chacun de ses projets est conçu Ă partir de micro Ă©vĂ©nements issus du quotidien, accumulĂ©s, rejouĂ©s et recontextualisĂ©s pour entrer en rĂ©sonance avec un environnement social. La photographie devient un territoire dâexpĂ©rimentations poĂ©tiques dans lesquelles le spectateur est amenĂ© Ă se projeter. A Roanne, dans le cadre dâune rĂ©sidence dâartiste Ecriture de LumiĂšres /MinistĂšre de la Culture qui sâest dĂ©roulĂ©e de septembre 2010 Ă avril 2011, elle a menĂ© Ă la fois des ateliers artistiques auprĂšs des scolaires et un travail de crĂ©ation photographique sur la ville. Elle a sillonnĂ© Roanne plusieurs mois avec pour seule contrainte les limites de ce territoire. Elle capte lâordinaire dâune ville, loin des repĂšres habituels, fixant lâintimitĂ© de ses passages, ses Ă©chappĂ©es, ses interstices, ses plis. Elle rassemble, dans une sĂ©dimentation dâimages et dâhistoires, des fragments urbains, des portraits et un papier peint qui, comme une seconde peau de la ville, rejoue dans lâespace dâexposition, les liens qui unissent Roanne au textile. © Yveline Loiseur, Sans Titre 19, 2010, 20Ă29 cm © Yveline Loiseur, Sans Titre 37, 2011, 20Ă29 cm Biographie Yveline Loiseur est nĂ©e en 1965 Ă Cherbourg, elle vit et travaille Ă Lyon. Elle est diplĂŽmĂ©e de lâĂcole Nationale SupĂ©rieure de la Photographie dâArles en 1990 et de lâUniversitĂ© Paris I PanthĂ©on-Sorbonne en 1991. En 2011, elle est laurĂ©ate du programme RĂ©sidences Culturesfrance Hors les Murs Ă Trieste en Italie et en 2010 du Prix de la Quinzaine Photographique Nantaise. Elle bĂ©nĂ©ficie en 2009 dâune Aide Individuelle Ă la CrĂ©ation allouĂ©e par la Drac RhĂŽne Alpes â MinistĂšre de la Culture pour son projet Sylvie et Bruno autour du texte de Lewis Carroll. Son travail fait partie de nombreuses collections publiques et privĂ©es et est rĂ©guliĂšrement montrĂ© en France et Ă lâĂ©tranger, en 2011 Ă la MĂ©diathĂšque de Roanne et au Luxembourg, en 2010 Ă Bratislava et Ă Nantes, en 2009 Ă MontrĂ©al et Ă Marseille, en 2008 Ă lâInstitut français de Dresde, en 2006 au MusĂ©e dâart contemporain de Lyon.
dans les plis sinueux des vieilles capitales